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Le parc du vieil Hesdin


Les automates


Les automates du château et du parc d'Hesdin datent de la fin du XIII° siècle, lorsque Robert II d'Artois rénova et agrandit le domaine. Il s'agit plus, d'après les comptes du XIV° siècle, de statues en bois animées comme des marionnettes que de véritables objets articulés qui se meuvent tout seuls. Ces divertissements avaient une grande importance aux yeux des princes puisque, malgré les réparations continuelles et coûteuses dont ces engins ont fait l'objet, jamais ils ne disparaissent des comptes et ce jusqu'en 1475 environ.

Toute la période des Comtes d'Artois se caractérise par une attitude qui poussa ces derniers à faire exécuter l'entretien et les réparations des automates, mais aucune création n'intervint.
Quand les Ducs de Bourgogne prirent possession du château d'Hesdin, commença au contraire une longue période de développement pour les engins. On assista alors à l'élaboration de véritables machines animées dont la spécialité était de jeter de l'eau. Ces engins ne se trouvaient pas seulement au château mais aussi dans le manoir et le pavillon du « marès ». Il semble qu'au travers de tous ces automates, on trouve une volonté de la part des princes de montrer leur puissance aux yeux des autres hommes. Un peu comme si ces machines les aidaient à faire une démonstration de leur force et de leur pouvoir. Le prince capable de créer la vie était assurément un grand personnage.

Il existait déjà des automates à Hesdin avant 1292, date du retour de Robert II à Hesdin. En 1299, les comptes parlent des engiens du paveillon, qui sont « rappareillés », ce qui signifie qu'ils ne sont pas neufs. En 1300, on les « raccorde »... ce qui veut dire qu 'ils fonctionnaient avec des cordes et on « ressaude les pipes de plonc », c'est à dire qu'on répare les canalisations qui amènent l'eau vers les engins.
Robert II fit aussi installer des automates dans le bâtiment annexe du château, la gloriette ou gayole.

Une autre création vint s'ajouter, les testes de sanglers. On en trouvait sur les murs d'une salle du château et elles avaient un certain succès puisqu'elles étaient régulièrement entretenues. Elles étaient actionnées par un mécanisme de cordes, et peintes.

La curiosité du parc était certainement celle qui se trouvait sur le pont d'accès au pavillon du « marès », on y voyait en effet six groupes de singes. Il s'agissait de marionnettes en bois fonctionnant à l'aide de cordes et recouvertes de fourrure, qui n'était autre que du blaireau.

Sous Mahaut, les engiens du paveillon continuèrent à être réparés. En 1321, ils furent refaits « souffissaument et tout aussi bien que quand il fut tous noes ».
Les automates qui se trouvaient dans le château, dans ce qu'on appelait alors « les aloirs », et plus tard « la gallerie », bénéficièrent eux aussi de soins.

En 1308, Mahaut fit installer le miroir des engins. C'était vraisemblablement un miroir déformant, puisqu'il faisait partie des amusements de la galerie. En 1312, il fut réparé grâce à des « glaces accatées à Abbeville ».

Un autre jeu fut créé en 1304, il concernait la gloriete : celle-ci devint une volière et on utilisait de la « glui à gluier cordes pour prendre oiselés en gloriete ». Ces oiseaux vivants, pris grâce à la glu, furent complétés par des oiseaux en bois sculpté, dont on « dore les pumiaux de fin or ». Les comptes de baillage sont remplis de mentions concernant des achats « d'oyseles pour mettre en le gaïole », certainement des tourterelles, des pigeons, peut-être aussi des perruches.

Lors de la révolte de Robert III et de la noblesse contre Mahaut, des dégâts furent occasionnés par les rebelles, qui pillèrent et dévastèrent le château.

Pendant la Guerre de Cent Ans, les engins furent peu entretenus, cela est logique; par contre les travaux militaires allaient bon train. Cela n'empêcha pas Edouard III, roi d'Angleterre, de ravager l'Artois, de piller et de détruire la parc et ses bâtiments. Les automates qui s'y trouvaient, les « engiens du paveillon », ne furent jamais reconstruits.

Les autres engins furent entièrement refaits dans les décennies suivantes, et on put les réutiliser « pour l 'esbatement Madame et ses gens ». Il s'agissait probablement de Marguerite de Flandres, femme de Philippe le Hardi. Tous ces travaux étaient issus du désir de Philippe le Hardi de faire d'Hesdin une de ses résidences d'été, ils allaient continuer jusqu'à la fin du XIV° siècle.

Par ailleurs, un passage existait qui reliait la galerie à la gloriete, c'est le « tonnel », certainement une allée couverte.

Philippe le Bon arriva au pouvoir en 1419 et il tomba sous le charme de ces automates. C'est sous son autorité qu'ils furent entièrement reconstruits. Il engagea Colard le Voleur, qui recouvrit les murs de la galerie de fresques représentant le mythe de la Toison d'Or, cher à Philippe le Bon, et qui rénova entièrement les automates. Il transforma la salle de bal en une salle de distraction où tout était basé sur l'eau, celle-ci circulant sous le pavement grâce à un réseau de conduits : elle était utilisée pour arroser, persécuter et poursuivre les visiteurs.

Ceux-ci, en entrant dans la galerie, étaient accueillis par un ermite de bois qui parlait. Un valet était certainement caché à sa base pour faire la voix. Ils entraient ensuite dans la salle sous le regard du lion de plomb, gardien de la porte. Huit conduits étaient là pour « moulliez les dames par dessoubz », et si les messieurs touchaient aux « boucles » au-dessus d'eux, un engin venait les frapper au visage et les recouvrir de suie et de farine! Ils apercevaient ensuite une ermite « qui fait plouvoir tout par tout comme l'eaue qui vient du ciel et aussi tonner et neger et aussi escliter comme se on le veoit ou ciel ». S'ils essayaient de s'enfuir, une place était prévue « que quand les gens vont pardessus pour eulx garantir de la pluie, ilz chéent du haut en bas en un sac là où ils sont tous emplumez et très bien brouillez ». S'ils essayaient de se sauver par la fenêtre, « quant les gens la veulent ouvrir, il y a ung personnage par devant qui moulle les gens, et resclot la fenêtre à parelle ». Ils s'approchaient d'un miroir qui était là pour « les gens veoir quant ilz sont broulliez et quant ilz regardent dessus, ilz sont derechief tous emboulerez de farine et tous blans ». Au milieu de la galerie trônait une fontaine, mais l'eau qui l'alimentait coulait « quant l'en voudra et yra tousiours dout elle vient ». Plus loin, un personnage de bois sonnait de la trompe et leur criait de quitter la galerie. Ce qu'ils faisaient sans nul doute et c'est alors qu'ils étaient « batus de grans personnages en manière de sots et sottes », ceux-ci les poussant vers un pont qui cèdait sous leurs pas. Plus loin, s'ils avaient la mauvaise idée d'ouvrir un livre de ballades, il crachait de la suie et de l'eau; ils se voyaient dans un miroir « où l'en voit plusieurs abuz », ils passaient sur un pont qui, à nouveau, cèdait sous leurs pas, rencontraient trois personnages qui les arrosaient, et enfin six autres qui « plus que paravant il n'y avoit, moillent les gens, et par plusieurs manières ». les visiteurs ressortaient de cette épreuve couverts de suie et de farine rendues collantes par l'eau dont ils avaient été aspergés. Le Grand Duc d'Occident était caché quelque part et avait assisté à toutes ces péripéties pour son plus grand divertissement.

En 1470, un traducteur et imprimeur anglais attaché à la maison de Marguerite de Bourgogne, William Caxton, se rendit à Hesdin. Il garda de cette visite le souvenir d'une machine créant des effets de pluie, de neige et d'orages, qu'il décrivit dans la préface de son livre, La vie de Jason. C'est donc que les constructions de Colart le Voleur étaient toujours en place, mais plus pour longtemps car les engins ne survivraient pas au déclin de la ville et à celui de la puissance bourguignonne.

Le désir des princes de faire de Hesdin un havre de paix, une sorte de paradis où tout est propice à l'enchantement les a poussés à y multiplier les sources d'amusement. Outre les engins, on y découvrait aussi une volière, un cadran solaire, un labyrinthe, une ménagerie et une roulotte.






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