Mahaut, Comtesse d'Artois (1270-1329)
Le gouvernement de Mahaut à Hesdin
Les sentiments qu'elle inspira à ses sujets sont très partagés...
En 1300, alors qu'elle n'était encore qu'héritière du comté d'Artois, elle assigna sur des terres des environs d'Hesdin 50 livres de rente pour l'acquisition annuelle de bas et de souliers aux pauvres du baillaige d'Hesdin, à condition que l'abbé d'Auchy-les-Moines et les principaux du couvent prendraient le soin de faire labourer et cultiver ces terres, sur les revenus desquelles devaient être pris le secours aux malheureux. Elle faisait ainsi d'une pierre deux coups : un acte de charité et une incitation à cultiver des terres négligées jusque là.
En 1320, elle abandonna le revenu de 50 mesures de terre aux pauvres d'Hesdin pour leur acheter des habits et en 1321, elle leur donna 50 livres d'aumône. Elle fonda également un hôpital, désigné sous le nom d'hôpital de Madame d'Artois. Elle légua des rentes et fonda des chapelles, pour prières en faveur de son mari défunt aussi bien que pour elle-même après sa mort.
Mais par ailleurs, à peine Mahaut était-elle confirmée dans ses possessions par le jugement de Philippe le Bel qu'elle prit une hauteur et une fierté insupportables, qui déplurent à ses sujets, ce qui, joint à ses exigences et aux taxes dont elle les frappait, acheva de les monter contre elle. La noblesse elle-même se révolta.
Elle avait un esprit envahissant et tracassier, et voulait aussi embellir son domaine : elle acquit, par exemple, en 1325-26, plusieurs immeubles, tant pour améliorer ses propriétés que pour se rendre maîtresse des abords du château.
Dans les dernières années de sa vie tourmentée, craignant toujours les menées de son neveu Robert qui s'agitait encore, elle s'efforça de rendre bienveillantes les populations qu'elle administrait. Connaissant la puissance du clergé, patron des pauvres, elle essaya aussi de s'en concilier les bonnes grâces; de là ses legs pieux et son offrande aux chapelains d'Hesdin des reliques de Saint Louis (1328).
Mahaut fut malgré cela peu aimée des populations qu'elle gouvernait. Elle était hautaine, âpre et arrogante. Les traverses de la vie et les violences de son neveu l'avaient rendue irritable et dure. Mais elle marque dans l'histoire d'Hesdin, particulièrement par la fondation d'un hôpital, par de grandes libéralités aux pauvres, par des largesses au clergé, par des legs pieux, enfin par quelques agrandissements et embellissements du château qu'elle habita souvent.
Effigies de Mahaut d'Artois et de son époux : portail de la Thieuloye
Mémoriaux d'Antoine de Succa, P33, 1601, Bibliothèque Royale Albert 1er, Bruxelles.
Son portrait dans les Rois Maudits
L'autoritarisme et l'impopularité de Mahaut expliquent les accusations portées contre elle, et notamment à l'occasion de la mort du petit roi Jean I°, qu'elle fut soupçonnée d'avoir empoisonné. Ce sont justement ces accusations, vraies ou fausses, que l'écrivain Maurice Druon reprend dans son oeuvre « Les Rois Maudits ». Le tableau qui en ressort est pourtant loin de la réalité historique : Mahaut d'Artois était une excellente gestionnaire, n'intervenant qu'à bon escient dans la vie communale. Si elle a défendu ses droits avec âpreté, elle n'a pas cherché à envenimer les querelles. Elle s'est montrée généreuse dans ses dons aux pauvres, aux monastères et aux hôpitaux. Elle manifesta également sa volonté de protéger les arts et d'encourager l'enluminure des nombreux manuscrits qu'elle fit copier.
Dans la série de romans de Maurice Druon, portée à l'écran en 1972 et en 2006, Mahaut d'Artois est décrite comme une perverse conspiratrice et calculatrice, prête à tout pour conserver l'Artois. Elle spolie son neveu Robert du comté, puis tente de faire de ses 2 filles des reines de France en les mariant avec les héritiers du roi Philippe le Bel et en jouant de poisons et de diverses intrigues, pour aider les maris de ses filles à accéder au trône. Robert, pour se venger de sa tante, intrigue dans le sens contraire.
Le conflit entre Mahaut et Robert pour le pouvoir contribue à la fin de la dynastie capétienne directe, ce qui provoque la revendication du trône de France par le roi d'Angleterre Edouard III, et mène à la guerre de Cent Ans.

Armoiries de Mahaut d'Artois - Cliquez sur l'image pour l'agrandir
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